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LAURENT CAVALIÉ & DU BARTAS



Passager clandestin


Par Marc Legras

Coup double pour Laurent Cavalié avec un premier album solo, Soli solet, et le second du groupe Du Bartas (Fraternitat) qu’il a fondé avec Pascal Kalou Tenza (tambourin et voix) et Jocelyn Papon (tambour et voix), produits sous le signe d’une économie solidaire par Sirventes, label d’abord associatif, devenu SCOP (Société coopérative ouvrière de production) en début d’année.

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Repéré lors de la récente édition du festival Planètes-Musiques, Du Bartas illustre la créativité de musiques traditionnelles en perpétuel état d’invention. La joyeuse humeur du trio doit beaucoup à son sens du territoire (en Languedoc le bartas est une zone de ronces et de broussailles) et à son goût pour la proximité – d’apéros en repas chantés et soirées conviviales. Son histoire est d’abord celle de Laurent Cavalié…

Rebuté par les cours classiques de guitare et de piano de l’École de musique d’Albi, sa ville natale, celui-ci est plus attiré par Bob Marley, Police, le hard-rock, Nougaro ou Higelin. À vingt ans il choisit de faire de la musique son métier grâce aux percussions apprises sur le tas, auprès de compagnies de théâtre, de danse contemporaine. « J’ai papillonné, croisé pas mal d’instruments avant de m’intéresser à l’accordéon. J’ai même fait partie d’un groupe de recherches électro-acoustiques avec des fous d’improvisation. » L’occitan agit comme une révélation. Cette « langue de bouseux » toujours traitée péjorativement sommeillait en lui. Elle jaillit quand il s’arme de dicos pour vraiment l’apprendre et écrire des chansons. « L’occitan est  arrivé en moi comme un passager clandestin du bateau Français, dit-il joliment, comme une langue secrète»
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Sa participation au groupe La Fabrique (trois disques) et sa découverte de la richesse du collectage en Auvergne l’amènent au constat que subsistent des lambeaux seulement des couplets et refrains d’autrefois dans la mémoire des plus âgés des gens de sa région. En les écoutant il découvre « une aire de jeux étonnamment immense, un répertoire de tous poils, de toutes qualités. » Il ravaude ce qu’il recueille, ajoute quelques couplets ici ou là, fait une chanson républicaine du poème d’un auteur oublié (Fraternitat), invente des paroles sur une musique, mêle français et occitan à propos des « ploucs de la République » (Ça balance chez les rustiques de la nation) tout en reprenant au refrain le célèbre Se canto. Des adieux émouvants d’un conscrit de 1914, il fait un chant sur les cris de la guerre. Lors d’une de ses rares venues à Paris, le groupe le chante, filmé sous une statue de Clémenceau !

« Il y va d’une certaine écologie de la culture que de retravailler cette matière première, l’arranger, rajouter un refrain, garder les paroles, refaire la musique ou l’inverse, réinventer une “vocalité”, puiser dans l’univers rythmique de toutes les cultures latines cousines de l’Occitanie, jouer avec… », résume Laurent Cavalié à propos d’une démarche aux allures de passerelle d’hier à aujourd’hui.

(Marc Legras)

Contact scène : Sirventes, 9 cité Clair-Vive, BP 312, 15003 Aurillac (04 71 64 34 21 ; Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ).