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CORNE D’AUR’OC…


… Et folk !


Par Jacques Vassal


On a traduit, adapté, chanté Brassens en tant de langues (une quarantaine, selon les spécialistes), dans le monde entier, qu’on en oublie parfois celle de son Occitanie natale. Certes, Brassens lui-même servit le français et s’en servit de manière exclusive, mais allez savoir, sans ce terreau, si son français eût été aussi savoureux, aussi riche et mémorable. Corne d’Aur’Oc, en tout cas, pose la question. Et affirme la grandeur d’une langue méprisée.

 

Corne d’Aur’Oc est aussi un trio, composé de Marie Frinking à l’accordéon, Daniel Rey à la guitare, Philippe Carcassès au chant, quand il ne sonne pas du hautbois du Languedoc (sorte de grosse cabrette). Par ailleurs Philippe, qui a traduit et adapté les textes de Brassens en occitan, est un des accompagnateurs de Patric, historiquement l’un des tout premiers chanteurs occitans (aux côtés de Marti, Mans de Breish, Verdier et quelques autres). Toujours en activité comme artiste, à la scène et sur disque, le même Patric a produit les disques (trois albums à ce jour) de Corne d’Aur’Oc sur son label indépendant Aura, avec Occitania Productions.

Quand on demande à Philippe Carcassès pourquoi il a choisi le répertoire de Brassens comme base de cette aventure, il répond sans ambages : « Parce que je voulais attirer l’attention sur la langue et la culture occitanes. Elles sont systématiquement sous-estimées, voire méprisées, y compris même en Languedoc et dans les autres régions d’Occitanie. Je trouve cela dommage et même injuste. Alors j’ai eu l’idée, pour franchir l’obstacle, de me servir de l’œuvre de Brassens, que d’autre part j’aime beaucoup, comme des millions de gens. »

Le résultat est décoiffant comme un vent d’autan. Certes, Corne d’aur’Oc n’est pas le premier à décliner le Tonton Georges dans la langue de Bernat de Ventadorn – on songe à André Chiron, bien connu pour cela, voire à Claude Marti lui-même ; mais ici, l’instrumentation – voire la sonorité – est celle d’un groupe folk, au répertoire traditionnel du centre de la France, à l’instar de La Bamboche ou de La Chavanée de Montbel, célèbres dans les années 1970.

Essayez, pour commencer, les instrumentaux sonnés comme à la cornemuse, sur les airs de Bécassine et d’À L’ombre du cœur de ma mie. Et continuez, afin d’apprendre un petit peu d’occitan tout en vous offrant un grand plaisir, par admirer les mots dans des titres comme Las Amors del temps vielh ou Lo Moton de Panurgi (vous voyez, c’est facile !). On entendrait bien une vielle à roue pour compléter le dispositif, et on suggérerait bien à Philippe Carcassès de tenter semblable traitement sur les œuvres de Nougaro et de Ferré, autres « candidats » possibles.

En attendant, on souhaite à Corne d’aur’Oc d’être programmé dans quelques-uns de ces festivals Brassens qui ont trop souvent tendance à réinviter les copains… d’abord.

(Jacques Vassal)

Contact scène : Occitania Productions, BP 75, 34741 Vendargues Cedex  (04 67 86 68 96 ; Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.