PDF Imprimer Envoyer

FLOW


Urge’artiste


Par Daniel Pantchenko

À fleur de maux, à voix écorchée, l’ex-reporter-photographe dégoupille son verbe imagé et le balance à toute volée ; L’Âme de fond, son récent premier album [cf. Chorus 66, p. 48], porte bien son titre… 

alt

Fille d’un fonctionnaire de Saint-Étienne, Flow grandit dans un milieu où le mot artiste signifie « quolibet » ; à la maison, avec les parents, on écoute Les Compagnons de la chanson, Brel, Piaf, voire Nabucco. Pas si mal, et il en restera quelque chose à la chanteuse ; pour l’heure, l’enfant « très sauvage » s’ennuie beaucoup à l’école et le manifeste par son « comportement »

À la fin de la 3e, fini « le massacre » ; direction Lyon, école de photographie : « Ça me branchait davantage qu’un CAP compta ou secrétariat ! » commente-t-elle. Recalée au bout de deux ans (à nouveau pour son « comportement »), elle devient journaliste-photographe au Figaro-Lyon… dont elle se fera virer pour faute grave : « J’avais vendu à Libé un scoop que je ne voulais pas leur donner ! » [rire]

La jeune femme part alors à Paris « en indépendante », avant de « basculer de l’autre côté de l’océan ». À vingt-cinq ans, elle débarque à Montréal, où elle va vivre sept ans (à quelques incursions près aux États-Unis et en Amérique centrale) : « J’avais envie de voyager. En France, je ne voyais pas d’issue ; j’étais jeune, j’avais beaucoup d’énergie et je me cognais contre les murs. » Trouvant la limite souvent fragile entre journalisme et voyeurisme, elle s’attache aux sujets sociaux et se heurte à des refus et surtout à de l’autocensure : « On prend de moins en moins de risques ; dommage, c’est un métier magnifique ! »alt

Inattendue, la rencontre avec la chanson va se produire aux Antilles où Flow passe les trois années suivantes. Si elle taquine la guitare et le piano et chante parfois pour rigoler avec des copains, un certain Yannick Noah la voit à l’œuvre en 2003 et lui demande si elle peut « le faire devant des gens ». Elle acquiesce, sans imaginer qu’il va l’inviter deux mois plus tard à Paris, pour trois premières parties au Café de la Danse.

Rentrée en France, Flow (qui s’estime « trop vieille pour faire le guignol sur scène ») se retrouve bientôt rattrapée par « l’histoire » et commence à jouer dans des bars, où le bouche à oreille fonctionne à plein. Après la sortie d’un maxi 5 titres en 2005, Faut pas rêver, elle rencontre Guizmo, du groupe Tryo, qui lui propose de financer un album. Ce sera L’Âme de fond. Il faut dire que dans ses portraits d’êtres en souffrance (Louise, Zara, Salem…), la chanteuse conjugue réalisme et urgence, force et fragilité : « C’est le principe du funambule. Il est ultra puissant, là-haut, mais s’il tombe, il se tue ! Il faut avancer sur un fil, à trois cents mètres, juste pour dire qu’on peut le faire. » Et elle le prouve, en compagnie de ses trois musiciens, enthousiasmant un public croissant.

Ni anar, ni « engagée », chantre de la « prise en main personnelle », Flow prépare pour la rentrée 2010 un second album qu’elle souhaite « encore plus minimaliste que le premier, pour qu’on aille à l’essentiel et que ce soit vraiment un disque d’écoute ».

(Daniel Pantchenko, photos F. Vernhet)

Contact scène : Pyrprod, 32 bd Carnot, 21100 Dijon (tél. 03 80 66 76 66 ; www.lesflow.com/).