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VENDEURS D’ENCLUMES

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Un creuset en fusion


Par Caroline Collard

Ces Vendeurs d’enclumes sont riches... de textes, d’influences, d’excès et d’envies musicales pleinement assumés. Ils bousculent la chanson et cela fait du bien !


Grand Prix 2006 du Tremplin Chorus des Hauts-de-Seine, ce sextet d’Orléans au drôle de nom est le fruit d’une étonnante rencontre entre de très bons musiciens, un auteur-chanteur-comédien charismatique (Valérian Renault) et ce petit plus inexplicable qui fait prendre le tout. Créé au début des années 2000, le groupe – au départ des amis « de conservatoire de théâtre et de musique » – a pris sa forme actuelle il y a deux ans, pour leur premier album, L’Étonnoir [cf. Chorus 59, p. 44]. « Chaque musicien est arrivé avec de nouvelles influences sans que l’on perde celles de ceux qui s’en allaient », explique Valérian. Plutôt que de s’affirmer dans un genre musical, ils ont choisi de s’affirmer dans une démarche musicale : « Quand j’arrive avec un texte (et une musique), poursuit Valérian, on cherche tous ensemble, on fait tourner, on imagine les arrangements jusqu’à ce que chacun trouve sa place et s’épanouisse. Mais on fait attention à ce que ça ne devienne pas de la musique compliquée par systématisme. On veut avant tout transmettre des émotions, des sensations. »
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Ouverte aux apports des uns et des autres, comme décomplexée, la musique prend du coup toute sa liberté. Et brouille les pistes, passant du son le plus jazz au rock électrique avec un plaisir que l’on devine jubilatoire dans le groupe. Mais cette belle place laissée au jeu musical (dans le sens le plus pur du terme) ne prend pas pour autant celle des textes, tous écrits par Valérian Renault et tout aussi riches. Déroutants, denses, sombres, libres, crus, rageurs, ils ne s’apprivoisent pas à la première écoute – ce qui n’est pas pour déplaire à leur auteur – et peuvent pourtant prendre toute la place au fil des écoutes. Valérian n’écrit pas pour créer une connivence avec l’auditeur ou lui raconter ce qu’il vit dans sa vraie vie. « Je veux que ça saigne ! » plaisante-t-il, ajoutant plus sérieusement : « J’écris pour aller plus loin que dans la vie. Je grossis l’émotion, j’essaye de la rendre la plus intense possible. »
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Une volonté qui se traduit aussi sur scène par une interprétation « maximaliste » (un adjectif revendiqué et assumé) qui ne laisse pas de place à la monotonie et à la nuance. On ne s’étonnera donc pas qu’au premier rang des admirations et influences du jeune homme figure le Grand Jacques : « Brel était tout le temps juste en en faisant tout le temps trop », s’enthousiasme-t-il.

Également marqué par Ferré ou Philippe Léotard, le chanteur sait aussi s’aventurer sur le chemin de la poésie (sans que cela ait l’air d’un gros mot) avec des titres moins « ravageurs ». Une intensité renouvelée à chaque concert des Vendeurs d’enclumes, à découvrir dans la foulée de leur second album, Bonheur d’occasion [cf. Chorus 68, p. 40], sorti ce printemps.

(Caroline Collard, photos F. Vernhet)


Contact scène : Vincent Lenormant, 37 bd Aristide Briand, 45000 Orléans (06 64 15 34 96 ; www.vendeursdenclumes.com).