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 Mickey (3d)



Mickey acte 3

 


Par Michel Kemper

 

Écotay l’Olme est un village tout petit, qui jouxte Montbrison, dans la plaine du Forez. Là se trouve le Studio E, que d’aucuns pensent être celui de Mickael Furnon, le Mickey de l’histoire. C’est en cet endroit qu’il nous convie un matin de juillet, bien avant l’arrivée des techniciens. Sur les étagères trônent des disques d’or qui ont pour nom Tu vas pas mourir de rire ou Matador… Et bientôt La Grande Évasion, le petit dernier.

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MICKAEL FURNON : Ces disques ont été faits là, à la campagne, à la cool. C’est un lieu important, ce studio. C’est celui d’un copain, Gilles Guigneton Jr, monté par son papa il y a des années de ça, un chanteur régional dans la tradition de la chanson française. Petit à petit, ce studio s’est amélioré. Quand on avait seize ans, on venait enregistrer nos premières démos ici, gratuitement. Monsieur Guigneton nous laissait le studio des jours et des nuits, à faire nos maquettes. C’était génial, c’est grâce à ça qu’on a évolué. Tous les jeunes musiciens rêveraient d’avoir ce qu’on a eu. C’est logiquement que je viens ici. Même si je commence toujours une partie du travail d’enregistrement chez moi, j’aime bien le finir ici.


CHORUS : 1998-2009, plus de dix ans, déjà, de Mickey…

– Ça a commencé en fait en 1996. J’étais tout seul à l’époque. Il y a eu trois démos avant le premier album : deux que j’ai faites seul et la troisième plus ou moins. Disons que c’est le dixième anniversaire du premier album officiel, réédité en 2000...

– De ces démos, il est resté des titres ?

– Oui, il y en a qui sont sur Mistigri torture, un titre ou deux de chaque démo. Et d’autres qu’on a faits plus tard, comme Les Enfants sur l’album Tu vas pas mourir de rire... Je ne jette jamais rien. Il me prend parfois l’envie de faire une vieille chanson, de la remettre au goût du jour…

– Tu gardes tous les brouillons ?

– Oui, tous les écrits, toutes les maquettes. Je réécoute ça des années après en me disant parfois : « Ah c’était pas mal ce petit truc-là, j’ai envie de gratter. » Sur le nouvel album, il y a une chanson qui s’appelle Playmobil dont j’avais écrit les deux premières phrases il y a plusieurs années : « Quand j’étais petit / J’avais une tête de Playmobil. » Je trouvais ça marrant mais je n’avais jamais fait de suite à cette histoire. Ce n’est venu que récemment.
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– En treize ans, il y a eu des hauts et des bas. Et ce retrait, au moins le temps de « Mick est tout seul »…

Pas vraiment de bas, non, ça a toujours été une progression. En fait, c’est parti de rien du tout et c’est toujours monté comme ça, jusqu’à l’espèce de pause d’il y a deux ans, après beaucoup de tournées, un disque tous les deux ans et un rythme qui s’est enchaîné comme ça, où le succès grandissait tout le temps. D’où le besoin pour moi de faire une pause. En plus je venais de perdre mon papa. C’est un moment dans la vie où j’avais besoin de souffler, de me poser. Il s’est trouvé que, dans cette période-là, tout le monde s’est un peu éloigné les uns des autres, pour de vrai. Un groupe c’est ça, une bande de copains qui font de la musique ensemble parce qu’ils traînent ensemble toute la journée, ou le soir… Nous, on traînait ici, dans le village. Et puis voilà, un beau jour on se disperse et il n’y a plus trop de raisons de continuer à faire de la musique. C’est juste la vie, il n’y a pas eu d’engueulade, on ne s’est pas balancé des trucs à la figure : la vie nous a séparés tout doucement.

– On en revient donc au Mickey 3d des tout débuts, c’est-à-dire toi, avec des musiciens « à la demande »…

– C’est encore différent. C’est-à-dire qu’il y a eu trois étapes, celle où j’ai été tout seul, celle où des copains m’ont rejoint pour faire le groupe. Et, aujourd’hui, je suis un plus chanteur avec des musiciens. Sur scène, cette fois, je serai parfois accompagné, parfois seul, un peu des deux quoi.

– Quelle est la ligne de partage des eaux entre « Mick est tout seul » et ce « Mickey » ?

– Quand j’ai fini ce disque-là, La Grande Évasion, je l’ai écouté et me suis dit : « Ça, c’est un disque de Mickey 3d. » Car le « Mick est tout seul », ç’avait vraiment été un disque réalisé en solo chez moi : je suis juste venu le masteriser au studio, seuls deux ou trois morceaux ont été remixés et aucun musicien n’y a participé. Alors que là, il y a une dizaine de musiciens dont deux batteurs… Ce qui fait que ce n’est pas un disque de « Mick est tout seul » : c’est à l’évidence un disque de Mickey 3d , avec des gens qui apportent leur petite touche. Même dans l’écriture, je l’ai ressenti comme ça. Sans être tout à fait le même, c’est toujours Mickey 3d.

– La différence est uniquement typographique sur la pochette du disque…

– Oui, elle est typographique mais ça explique bien, je crois. Si je mets des parenthèses autour du 3d c’est pour faire comprendre que c’est toujours Mickey 3d mais que ce n’est plus exactement la même histoire. Bien que cela reste mon projet, mes chansons… Quand j’ai enregistré les autres disques de Mickey 3d, je faisais tout pratiquement tout seul ; puis je faisais participer Aurélien et Najah pour apporter des éléments complémentaires. Tout comme ont participé les autres musiciens à ce nouvel album…

– Tu sembles dire que c’est ton Mickey le moins personnel, le moins intime, constitué de sujets que tu n’avais jamais exposés… N’empêche que dès le premier titre, Playmobil,  tu parles de toi. Ainsi que sur 1988

1988 est la seule chanson qui me soit personnelle. Et il y a un double sens dans Playmobil : je donne l’impression de parler de moi mais ce n’est pas forcément le cas. Beaucoup de titres sont soit des fictions pures et simples soit des sujets inspirés de lectures ou de voyages. C’est le disque dans lequel je me suis le plus évadé. Il s’intitule d’ailleurs La Grande Évasion...
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– J’ai toujours été surpris de l’incroyable adhésion des gosses à tes chansons… 

– Oui, je n’ai jamais trop compris pourquoi. On a souvent des gamins à nos concerts. J’aurais vraiment du mal à l’expliquer, peut-être est-ce dû au fait que je tiens absolument, pour ne pas faner, à garder une part d’enfance en moi. Et je ne peux pas m’empêcher d’en parler, d’être nostalgique. Peut-être est-ce dû aussi à mes p’tites mélodies et à ma façon assez simple de m’exprimer, parce que je ne suis pas un grand littéraire. À la sortie de Tu vas pas mourir de rire, notre maison de disques nous avait dit : « Il ne va pas marcher, ce disque, il est trop sombre. » En fait il a énormément plus aux enfants. Une chanson comme Respire, qui est assez déprimante, les a marqués. Ça les a choqués d’abord, puis ils ont essayé de comprendre pourquoi… C’est assez bizarre. Je crois que les enfants aiment les trucs tristes. Moi-même j’aimais ça quand j’étais gamin. Mon premier choc musical a été Les Roses blanches, de Berthe Sylva, une chanson émotionnellement forte et hyper triste. C’est peut-être ça qui touche les enfants : la noirceur mélangée à la simplicité.

– Quand tu écris pour quelqu’un d’autre, essaies-tu de te glisser dans sa peau ?

– C’est un exercice différent d’essayer de se mettre dans la peau de quelqu’un, de l’imaginer chanter telle ou telle phrase. Je ne connaissais pas ça avant d’avoir fait J’ai demandé à la lune pour Indochine. Pour moi, écrire des chansons, des petites histoires, c’est déjà sortir de soi-même, c’est faire l’acteur, mais en écrivant pour quelqu’un d’autre on sort encore plus de soi pour intégrer une autre personnalité… C’est excitant, tout ça.

– Tu as essayé de te mettre à la place de Jane Birkin, quand tu lui as écrit Je m’appelle Jane, en 2004 ?

– On m’avait demandé de lui écrire une chanson et je ne savais pas trop quoi faire. Alors, je me suis dit : « Je vais y aller super fort, et elle prendra ou pas... » J’ai fait avec ce que je savais d’elle, de Gainsbourg aussi. On m’avait dit de faire attention, qu’elle ne riait pas de tout… Mais dès réception, elle m’a appelé en me disant : « C’est super ta chanson, mais t’aurais pu te moquer encore plus de moi, te moquer de mes seins par exemple, du fait que j’en ai pas ! » Pour elle comme pour Indochine, j’ai eu de la chance : ce sont des p’tites chansons que j’ai faites en m’amusant, très rapidement, et qui ont fonctionné de suite. Mais il y a des contre-exemples : j’ai passé pas mal de temps à écrire pour Jacques Dutronc et Françoise Hardy, et ils n’ont jamais voulu prendre mes chansons. Et là c’est dur : tu y as mis plein d’énergie et on te dit non…

– Où va te mener la tournée qui s’engage ?

– Celle d’automne partira comme d’habitude de Montbrison, du Théâtre des Pénitents où l’on va se régler, pour finir à Saint-Étienne, après avoir joué en France, en Suisse et en Belgique. Une autre tournée suivra au printemps et on essayera de passer dans quelques festivals d’été : depuis 2006 je n’en ai fait aucun.
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– Avec les musiciens qui sont sur le disque ?

– En fait j’ai un projet assez spécial. Je travaille actuellement avec Cécile Hercule, une artiste que j’ai découverte sur Internet. J’apprécie beaucoup son talent d’écriture et d’interprétation. Je lui ai trouvé un éditeur, un manager, on est à la recherche d’une maison de disques. Je viens de produire ici son premier album. Elle va venir sur la route avec moi, elle et ses musiciens (qui ont aussi participé à mon disque). Cécile fera la première partie, puis j’entamerai mon concert tout seul. Au bout de deux chansons, elle et ses musiciens arriveront pour m’accompagner. Je referai une chanson tout seul, puis une autre avec elle... Cécile chante, joue du clavier, de la scie musicale, de plein de petits instruments : c’est une artiste vraiment intéressante. Bien que j’ai créé une boîte de production il y a trois ans, je me suis toujours dit que je ne m’occuperai jamais d’autres artistes. Mais Cécile m’envoyait ses chansons régulièrement, je les trouvais drôlement bien et je me disais : « Mais il n’y a personne qui va se décider à s’occuper d’elle ? » Et puis voilà, c’est moi qui le fais… parce qu’il fallait le faire.

– De combien d’artistes s’occupe ta société de production ?

– De Mickey 3d ! Il m’est aussi arrivé d’aider des groupes, comme Les Fils de Jack, des copains de Montbrison qui ont enregistré leur premier disque ici : je leur avais payé les copies du CD pour qu’ils puissent en faire la promotion. Ou Yvan Marc pour sortir son premier album… Mais ce n’étaient que des coups de main alors que là, pour Cécile Hercule, c’est du sérieux. Je me suis même penché sur la réalisation artistique, ce que je n’avais jamais fait. Là, je mets la tête dans tout. Cette artiste-là, j’y crois vraiment !

(Propos recueillis par Michel Kemper, photos Niko Roddamel)


DISCOGRAPHIE : 1998. Mistigri torture (CD Mickey 3d/Pbox, réédité en 2000 chez Virgin, réf. 849 995 2) – 2001. La Trêve (CD Virgin 7243 810 066 2) – 2002. Ma grand-mère (CD maxi 5 titres dont 3 inédits, Virgin 546 391 2) ; Tu vas pas mourir de rire… (CD Virgin 581 229 2) – 2004. Live à Saint-Etienne (CD Virgin 598 977 2) – 2005. Matador (CD Virgin 311 5340 2) – 2007. Mick est tout seul : Les Chansons perdues (387 839 2) – 2009. La Grande Evasion (CD Virgin).